We sur l'installation en agriculture 18-19 juillet - Compte-rendu
Compte rendu table ronde autour de l’installation paysanne
Que s’est-il passé le WE du 18 et 19 juillet à la ferme du Dorloû?
Ce WE du 18 et 19 juillet s’est tenu une table ronde à la ferme du Dorloû (Wodecq) autour de la thématique de l’installation paysanne. Cet événement a été organisé par l’association « Reclaims de fields », et s’inscrit dans le cadre de la « Démarche de l’après-croissance », collectif flou qui se met en marche chaque été pour réfléchir et pratiquer le concept de la décroissance en société (voir article dans Le Soir joint)
Un petit mot autour de l’agriculture paysanne…
De quelle installation paysanne avons-nous parlé ?
Alors que le mot paysan peut parfois revêtir une connotation péjorative ou axée sur le fait de « produire », c’est simplement sur le fait de travailler la terre pour son auto-consommation et la renvente d’éventuels excédents.
On a retrouvé autour de la table des personnes intéressées pour s’installer en agriculture paysanne, des personnes qui ont des projets ou un emploi autour de la thématiques, des (dé)marcheurs de la décroissance, des enfants qui jouaient dans la paille,…
De quoi avons-nous parlé ?
De l’histoire de la création de la ferme du Dorloû…
Depuis 1990, Freddy et Chantal produisent et commercialisent leurs produits de la terre bio, et ont fait de leur ferme « en carré » un lieu où se mêlent plusieurs activités liés à leurs produits : boucherie-charcuterie, boulangerie-pâtisserie, magasin, restaurant, gîte, camping… La ferme est en outre un lieu de rencontre, de partage et de découvertes…
N’étant pas issu du milieu agricole, Freddy a d’abord travaillé pendant un an et demi dans une ferme voisine avant d’avoir la possibilité de s’installer dans une ferme à remettre, le Dorlou.
Au niveau de l’acccès à la terre, Freddy ne s’est pas acharné à être propriétaire de tous les bâtiments et des terres qu’il exploite actuellement (40 ha), parce qu’il estime que pour vivre la passion du travail de la terre, il ne lui est pas nécessaire d’être propriétaire.
Pour pouvoir vivre de son travail, la ferme du Dorloû s’est diversifiée dans ses activités : vaches laitières, porcs, volailles, installation d’un restaurant, boulangerie, magasin, participation à la création d’agri sain devenu coprosain, création d’activités autour de la vie à la ferme… C’est grâce à cette diversité qu’en tant que petite ferme qui démarre, le Dorloû a réussi, petit à petit (ce sont les frères et sœurs qui ont participés aux premiers investissements – achats de bâtiments, constructions, premières vaches…) à vivre de son activité.
A présent, Anaïs, la fille de Freddy, est aussi impliquée à temps plein dans la ferme. Elle prend en charge principalement l’élevage. La reprise d’une ferme implique un travail de préparation important (agrandissement de la surface d’exploitation, une partie de travail « bénévole » dans l’idée d’une passation moins onéreuse, transmission des savoirs).
Pour plus d’infos sur le Dorloû, cliquez ici
De ce qu’il en est actuellement de l’accès à la terre…
Plusieurs difficultés sont rencontrées actuellement par les gens qui veulent s’installer en tant que paysan : prix de la terre (autour de 10.000 euros/ha + 3000 euros de « chapeau »), trouver une terre pas trop loin d’où on se trouve, manque de lien entre les actuels propriétaires et les personnes désireuses de s’installer et qui cherchent la terre…
Pour info, le chapeau est la valeur « marchande » de l’enrichissement (à plus-value) de la terre qui aurait été faite lors de son utilisation agricole. Sauf qu’avec les méthode « classiques ou intensives » d’aujourd’hui, c’est l’inverse qui se passe et les terre sont rendues dans un pire état qu’avant…
Ceci dit, tout le monde était d’accord sur le fait que, poussé par le retour à une alimentation plus saine, un retour à la terre et à l’installation paysanne a le vent en poupe…
Pour ça, en France existe plusieurs structures avec entre-autres : l’association foncière Française « Terre de liens », qui aide les personnes à s’installer en faisant le pont entre les propriétaires et les futurs paysans. Ils ont par exemple mis au point un système participatif permettant à pleins de particuliers d’acheter des parts de terre. Le système fonctionne avec des « actionnaires » qui ne touchent pas de dividendes. Chaque actionnaire a un même droit de vote, peu importe l’argent investi (afin d’éviter la récupération du pouvoir de décision par Monsanto, par exemple…). Le but est aussi de favoriser qu’un max de personnes prennent des parts pour diminuer les risques lors de départs de personnes ayant pris une/des parts) pour permettre l’utilisation par le paysan.
Pour les curieux par rapport à cette association « Terre de liens », cliquez ici
Sinon, en Belgique, le Mouvement d’Action Paysanne (MAP) organise des formations pour l’installation paysanne (installation paysanne, traction animale, fabrication de fromages…) et a la volonté de mettre en place un système similaire à ce que fait actuellement terre de liens
D’initiatives de sensibilisation à l’alimentation durable, aux potagers collectifs et à l’autonomie alimentaire…
L’association le début des haricots a dans cette optique de sensibilisation mis en place plusieurs projets de sensibilisation :
Potagers collectifs (dans Bruxelles ! site de Tour et taxi, et place Jourdan) Ces potagers sont similaires à des initiatives françaises les Ajoncs, Associations de Jardins Ouverts mais néanmoins Clôturés-). Ces initiatives visent à sensibiliser les personnes citadines à l’alimentation (et la manière de la produire) et à associer des personnes autour d’un potager près de chez eux, en ville. C’est aussi, bien sûr, une manière de se (ré)approprier (le rapport à) la terre en ville… Et ça marche !
Laurent, un ingénieur agronome, a créé un système de potager collectif près de Braine-le-compte. La finalité du potager est de nourrir completement en legumes les participants de mi-mai a novembre, sous forme de paniers de légumes individuels ou familiaux. L'hypothese de travail etant qu'un potager de 25 ares peut nourrir 32 adultes et qu'il necessite globalement environ 1900 heures de travail sur le belle saison. Plusieurs niveaux d’investissement des membres est proposés : les piliers (les personnes qui prennent le + de responsabilités, gèrent les cultures, la logisitque, les outils…), les poteaux (sont réguliers dans les coups de mains…) et les potes (sympathisants, viennent quand ils veulent…). Une distribution des légumes produits est réalisée chaque semaine en proportion du temps donne au potager (une participation de min. 45h sur la saison = un panier pour un adulte. 90h = 2 adultes. Chaque producteur cotise egalement aux frais de culture (50 E pour un panier un adulte, 100 E pour un panier deux adultes).
Pour plus d’info sur ce projet, contactez Laurent au 0477/815548.
Sylvain Michaux, jeune en autosuffisance – Marche-en-Famenne
Entre la terre et les étoiles, il choisit les deux ! Les pieds dans la terre grasse de son potager, Sylvain vit sa vie loin des modèles ultra-usés. Il habite une caravane sur un terrain appartenant à un ami. Il fait pousser à peu près tout ce dont il a besoin, et utilise ses réserves financières pour acheter le peu qui lui manque. Il concilie culture et voyages, travail et philosophie, et n’hésite pas à dénoncer les dérives de la société qui l’insupportent. L’autosuffisance, comme alternative de vie, et comme réponse aux prétendus besoins créés de toute pièce par notre société de consommation.
Des aspects légaux de liés à l’installation paysanne …
Catherine, qui travaille actuellement au cabinet du ministre wallon de l’agriculture M. Ludgen, et a travaillé à la FUGEA, a pu nous donner les pistes importantes au niveau légal lorsqu’on veut s’installer comme agriculteur professionnel.
La condition pour être considéré comme agriculteur professionnel est d’être indépendant ; à titre principal (cotisation 680 E/trimestre) ou à titre complémentaire (60 E/trimestre si au moins un mi-temps salarié). On obtient alors un numéro d’indépendant. Pour vendre sur les marchés, ce numéro est nécessaire, ainsi que l’accord de la commune et la reconnaissance comme marchand ambulant. Il est demandé aux agriculteurs de tenir un carnet de comptabilité. Pour la vente directe, on peut opter pour l’un des deux régimes : régime réel (déclaration trimestrielle en détail du flux) ou régime forfaitaire (calculé sur base annuelle). Bien sur, un numéro de TVA est exigé pour les deux régimes.
Pour toucher les subsides européens, il faut un numéro de producteur, délivré par la Région Wallonne. Les subsides à la production ou aides découplées : correspondent à un montant annuel par hectare, et dépend de la spéculation (céréales, pdt, prairies permanentes,…). Chaque agriculteur a reçu des droits à produire sur base de ses superficies il y a quelques années, et lors de l’achat ou de la location de nouvelles parcelles, il rachète les droits qui lui sont liés. Si un droit donne 250 euros par hectare par an, il vaudra 250 euros. Pour le lait, il existe des quotas de production (référence : 600.000 l/an, Dorlou : 106.000 l/an), qui peuvent aussi être rachetés. Les primes à la production sont conditionnées par un ensemble de facteurs (santé animale, contrôles, taux de liaison au sol (animaux/ha),…)
Le deuxième type de primes sont les primes aux Mesures Agri-Environnementales (MAE). Ce sont 10 critères qui définissent le respect de l’environnement (tournières, haies, mares, élevage de races anciennes, réduction d’intrants, faible charge bétail, …).
D’autres primes sont disponibles, comme aides à l’investissement ISA. Ces primes peuvent intervenir lors d’une première installation ou bien pour des investissements qui assurent la continuité de l’activité agricole. IL faut noter que l’acquisition de foncier n’est jamais subsidiée.
Les étapes à suivre lorsqu’on construit son projet agricole :
La toute première étape est la définition de son projet. Quelles spéculations, quelle implication en travail, en temps, quelle rentabilité est visée ? Bien réfléchir sur la commercialisation des produits est aussi vital pour assurer la durabilité de l’activité.
Les formations disponibles et nécessaires. L’accès à la profession n’est nécessaire que si l’on demande les primes. Dans ce cas, une formation supérieure en agronomie est demandée. La FJA, la FUGEA et le CRABE sont habilités à donner cette formation. Il y a deux niveaux de cours, le cours A, théorique de 75h et partie pratique, et le cours B en gestion de 90h. Les stages se font dans l’exploitation d’agriculteurs reconnus comme maitre de stage (Freddy, par exemple), et sont obligatoires depuis un an (sauf pour les personnes issues du milieu agricole qui ont le statut d’aidant). Ils durent trois mois, durant lesquels sont assurés la Secu, l’assurance risque, et une rémunération. On peut les faire d’une traite ou en trois fois un mois.
Visite d’un potager en permaculture à Mouscron (Fraternités ouvrières) le 19/07/2009 : compte-rendu d’une visite éclair de 2 heures. (Dimanche 19)
Voici l'adresse de référence: Fraternités ouvrières rue Charles Quint, 58 7700 Mouscron Permanences et visites du jardin: jeudi de 14h à 18h. Cours de jardinage: légumes-fruits: 1er et 2ème dimanche du mois de 10h à 12h Fleurs: 3ème vendredi à 18h00.
Présentation des Fraternités ouvrières :
- existent depuis 40 ans
- 1000 à 1200 membres
- font de l’éducation populaire pour adultes
- ce qui prime = relation entre les gens/solidarité
Constat : le jardinage est un très bon outil pour développer la solidarité entre les gens. La création d’un potager bio s’est imposée comme une évidence. La permaculture a été adoptée dès le début. Plusieurs méthodes de permaculture existent. Chacun choisit celle qui lui convient et l’adapte à sa manière. La technique est bonne si elle convient à celui/celle qui l’utilise.
Le jardin que nous avons visité comprend 1.800 m², 5000 variétés de légumes et d’arbres fruitiers. Il apporte des légumes et des fruits frais toute l’année. Toutes les plantes qui s’y trouvent sont comestibles. Une étude de sol récente a révélé un taux d’humus de 12% et 3 kg de verres de terre au m². Une pièce de la maison abrite 6500 variétés de graines différentes qu’il est possible d’acheter.
Aucun engrais chimique, de synthèse n’a jamais été ajouté. La terre n’a jamais été retournée. Tout au plus le sol est de temps en temps griffé. Les mauvaises herbes ne sont que rarement retirées car elles contiennent toujours ce qui manque le plus au sol sur lequel elles poussent. En outre 90% d’entre elles sont comestibles.
La permaculture est basée avant tout sur l’observation du potager. Plus on travaille avec sa tête et moins on travaille avec ses mains. Un bon jardinier est un jardinier paresseux…
Le constat est le suivant : plus on fait cohabiter des légumes/fruits différents, mieux le potager se porte. Des insectes réapparaissent, les multiples variétés se neutralisent et un équilibre tout naturel s’impose.
Tout dans le jardin est recyclé. Les tailles (uniquement effectuées en mai/juin) sont laissées sur le sol au pied des arbres même les tailles qui sont malades. Le principe homéopathique prévaut dans ce cas (on vainc le mal par le mal). Plus le sol est riche, moins il y a de maladies.
Les techniques les plus simples sont les plus efficaces : purins végétaux (sureau, prêle, ortie, consoude) fermentant en permanence, sons de seigle pour attirer les limaces qu’on ramasse et qu’on donne ensuite aux poules, fruits tombés des arbres qu’on écrase sur le sol et qui fermentant attirent les oiseaux qui se détournent ainsi des fruits sur les arbres, légumes mangés par les insectes toujours laissés en place car ils laissent les autres légumes « en paix », …
Il n’y a pas d’enfouissement de matières végétales dans le sol, car cela mobilise la vie du sol au détriment de la plante qui y pousse. La rotation des cultures n’est pas nécessaire sauf pour les légumineuses.
CONCLUSIONS
Il y a des structures qui existent pour l’installation paysanne et tendent à se développer pour contrer les barrières s’opposant à l’installation paysanne. L’installation paysanne est plurielle et peut se décliner de plusieurs manières différentes, le lien commun étant (la passion du) travail de la terre…
Des initiatives nécessitant peu de moyens et un peu de créativités voient le jour et sont transposables près de chez nous (voir les potagers collectifs pex…) pour développer l’alimentation durable et le retour aux potagers…
-----------------------------------------------------------------------
Voilà, voilà, si vous voulez, plus d’infos, je vous invite à cliquer sur les liens de ces associations très intéressantes.
Contribution au rapport : Bertrand, Alain et Marie
| Fichier attaché | Taille |
|---|---|
| le soir.pdf | 2.2 Mo |
